Les bactéries intestinales comme source de vitamine B12

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Résumé

Étant donné que de nombreux végétaliens, par ailleurs en bonne santé, développent une carence en B12 lorsqu’ils ne complètent pas leur régime alimentaire avec de la B12, on ne peut pas compter sur les bactéries intestinales pour prévenir la carence en B12 chez les végétaliens.

Les crudivores ou les personnes qui mangent des aliments fermentés sont-ils des exceptions ? Non. Voir la section Statut B12 des végétaliens crudivores.

Bactéries dans le gros intestin

On a longtemps supposé que la B12 est produite par les bactéries du gros intestin (alias le côlon), mais comme elle est produite sous l’iléon (où la B12 est absorbée), elle n’est pas disponible pour l’absorption. Cette théorie est renforcée par le fait que de nombreuses espèces d’animaux totalement ou principalement végétariens mangent leurs excréments. Le fait de manger des excréments leur permet d’obtenir de la B12 à partir de leur régime alimentaire végétal.

La meilleure preuve que j’ai trouvée pour cette théorie est rapportée par Herbert (Herbert, 1988). Il rapporte une étude réalisée dans les années 1950 en Angleterre où des volontaires végétaliens souffrant d’une carence en B12 (comme le montre l’anémie mégaloblastique) ont été nourris avec des extraits de B12 fabriqués à partir de leurs propres selles et cela a guéri leur carence. Selon lui, cela prouve que les bactéries du côlon des végétaliens produisent suffisamment de B12 pour guérir une carence, mais que la B12 produite par les bactéries du côlon est excrétée plutôt qu’absorbée. Cela semble être une preuve convaincante.

Cependant, l’étude qu’Herbert cite comme source, « Callender ST, Spray GH. Latent pernicious anemia. Br J Haematol. 1962;8:230-40, » ne mentionne pas cette expérience.

Il y a une autre étude de Callender et Spray qui semble être celle qu’Herbert décrit, « Preparation of hematopoietically active extracts from faeces. Lancet 1951(30 juin):1391-2 ». Cette étude n’a pas été réalisée sur des végétaliens, mais plutôt sur des personnes atteintes d’anémie pernicieuse qui ne peuvent pas absorber correctement la B12. La B12 a été isolée des échantillons de selles et administrée aux sujets par voie intraveineuse. Comme ces personnes ingéraient de la B12, la B12 présente dans leurs selles pouvait provenir de la B12 qu’elles consommaient.

D’autre part, selon les analyses de Lactobacillus lactis Dorner et de Lactobacillus leichmannii, on a trouvé des quantités substantielles d’analogue de la B12 dans les fèces (par exemple, 5 µg pour 10 ml (2 cuillères à café)). Cette quantité semble trop importante pour avoir été fournie uniquement par le régime alimentaire et la circulation entéro-hépatique. Apparemment, une partie de cet analogue de la B12 était active, et il y en avait suffisamment pour contrebalancer tout analogue inactif de la B12 dans leurs selles. Ainsi, cette étude fournit de bonnes preuves que la B12 active est produite par des bactéries dans le côlon d’au moins certains humains.

Une variable à prendre en compte est qu’il existe plus de 400 à 500 espèces de bactéries dans le côlon humain moyen et que ces bactéries n’ont pas toutes été définies. Il est plausible que certains humains aient des bactéries productrices de B12 en quantités significatives alors que d’autres n’en ont pas. Certaines bactéries du tube digestif absorbent la B12 pour leur propre usage, ce qui complique encore la situation.

Allen et Stabler ont constaté que plus de 98 % de l’analogue de la B12 dans les selles humaines est inactif (Allen, 2008). Ces résultats ont été obtenus chez des personnes qui avaient un apport constant en vitamine B12. Ils ont déterminé que 81 % de la B12 ingérée et non absorbée était détruite ou dégradée en analogue inactif. Cela peut ou non être le cas chez les personnes ayant des apports en vitamine B12 beaucoup plus faibles, voire nuls.

Bactéries dans l’intestin grêle

La carence en B12 a été trouvée avec une fréquence relativement élevée chez les immigrants indiens végétariens en Angleterre, alors qu’à une époque on pensait qu’elle était rare chez les Indiens indigènes ayant un régime alimentaire identique, peut-être parce que les sujets indiens en bonne santé ont une quantité plus importante de bactéries dans leur intestin grêle que les personnes en Occident (Albert, 1980).

Albert et al. (Albert, 1980) (1980) ont mesuré la production de B12 par des bactéries dans les intestins grêles de personnes en Inde en utilisant un test Z Euglena gracilis. Les résultats ont été confirmés par un test Ochromonas malhamensis, que l’on pense être spécifique de la B12 active. Ils ont déterminé qu’une partie de la B12 active était produite par des membres des genres bactériens Klebsiella et Pseudomonas. Une confirmation supplémentaire à l’aide de la chromatographie et de la bioautographie a montré une molécule aux propriétés similaires à la cyanocobalamine. Albert et al. ont émis l’hypothèse que lorsque les Indiens migrent vers l’Ouest, leur tube digestif devient semblable à celui des habitants des pays occidentaux : peu ou pas de bactéries dans la partie supérieure de l’intestin grêle. Un article paru dans Nutrition Reviews (Nutrition Reviews 1980) (1980) a suggéré quelques causes alternatives pour lesquelles les immigrants indiens en Grande-Bretagne présentent plus de carences en B12 que les natifs indiens :

  • En Inde, l’eau est contaminée par diverses bactéries, dont celles provenant des excréments humains et animaux.
  • La pratique de la défécation en plein air et l’absence d’égouts appropriés.
  • Le mode d’hygiène des toilettes où l’eau est utilisée à la place du papier toilette.

Il faut également noter que la carence en B12 est assez fréquente en Inde (voir le tableau ci-dessous), surtout chez les lacto-ovo-végétariens à faible revenu (Sarode 1989).

TABLEAU 1. STATUT EN B12 D’UN ENSEMBLE D’INDIENS NATIFS EN BONNE SANTÉ ÂGÉS DE 27 À 55 ANSREFSUM, 2001
NombreMoyenne B12 sérique
(pg/ml)
serum B12 < 203 pg/mlMMA > .26 µmol/lHCY > 15 µmol/l
Non-VégétarienA
Lacto-Ovo-végétarienB
36
27
21646%70%81%C
A–Tendance à ne consommer que de petites quantités de produits animaux • B– Une personne était végétalienne • C– Un faible taux d’acide folique a pu contribuer à un taux élevé de HCY (Antony, 2001) • HCY—homocystéine • MMA–acide methyl malonique • Les chiffres de ce tableau concernent uniquement les 63 sujets sains de Refsum et al (Refsum, 2001), tirés du tableau 1 de cet article.

Villageois Iranien

Halstead et al. (Halsted, 1960) ont rapporté que certains villageois iraniens consommant très peu de produits animaux (produits laitiers une fois par semaine, viande une fois par mois) présentaient des taux de B12 normaux. Aucun ne souffrait d’anémie mégaloblastique. Leur taux moyen de B12 était de 411 pg/ml, ce qui était assez élevé compte tenu de leur régime alimentaire. Les auteurs ont supposé que cela pouvait être dû au fait que leur régime alimentaire, très pauvre en protéines, permettait aux bactéries productrices de B12 de remonter dans l’iléon où la B12 pouvait être absorbée. Ils ont également supposé que, comme ils vivaient parmi les animaux de la ferme et que leurs espaces de vie étaient jonchés d’excréments, ils ont absorbé suffisamment de B12 par contamination.

Le rapport de Halstead et al. de 1960 était en contraste avec le rapport de Wokes et al. de 1955 (Wokes, 1955) dans lequel on a constaté que de nombreux végétaliens britanniques présentaient des symptômes neurologiques de carence en B12.

Conclusion

Il est possible que certains végétaliens puissent éviter une carence manifeste en vitamine B12, et même une légère carence en B12, grâce à la production de B12 par les bactéries de l’intestin grêle. Cependant, il s’agit d’une condition inhabituelle, surtout dans les pays occidentaux, et il ne faut pas s’y fier, y compris pour les crudivores.

Bibliographie

Albert, 1980. Albert MJ, Mathan VI, Baker SJ. Vitamin B12 synthesis by human small intestinal bacteria. Nature. 1980;283(Feb 21):781-2.

Allen, 2008. Allen RH, Stabler SP. Identification and quantitation of cobalamin and cobalamin analogues in human feces. Am J Clin Nutr. 2008 May;87(5):1324-35.

Antony, 2001. Antony AC. Prevalence of cobalamin (vitamin B-12) and folate deficiency in India–audi alteram partem. Am J Clin Nutr. 2001 Aug;74(2):157-9.

Halsted, 1960. Halsted JA, Carroll J, Dehghani A, Loghmani M, Prasad A. Serum vitamin B12 concentration in dietary deficiency. Am J Clin Nutr. 1960 May-Jun;8:374-6.

Herbert, 1988. Herbert V. Vitamin B-12: plant sources, requirements, and assay. Am J Clin Nutr 1988;48:852-8.

Nutrition Reviews, 1980. No author. Contribution of the microflora of the small intestine to the vitamin B12 nutriture of man. Nutrition Reviews. 1980 Aug;38(8):274-5.

Refsum, 2001. Refsum H, Yajnik CS, Gadkari M, Schneede J, Vollset SE, Orning L, Guttormsen AB, Joglekar A, Sayyad MG, Ulvik A, Ueland PM. Hyperhomocysteinemia and elevated methylmalonic acid indicate a high prevalence of cobalamin deficiency in Asian Indians. Am J Clin Nutr. 2001 Aug;74(2):233-41.

Sarode, 1989. Sarode R, Garewal G, Marwaha N, Marwaha RK, Varma S, Ghosh K, Mohanty D, Das KC. Pancytopenia in nutritional megaloblastic anaemia. A study from north-west India. Trop Geogr Med. 1989 Oct;41(4):331-6.

Wokes, 1955. Wokes F, Badenoch J, Sinclair HM. Human dietary deficiency of vitamin B12. Am J Clin Nutr. 1955 Sep-Oct;3(5):375-82.

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